extrait de l’article « Taxer les robots pour financer la protection sociale, un remède pire que le mal ? », publié dans l’express le 15 janvier 2017
« La robotisation n’est qu’un un prolongement de la mécanisation observée depuis la Révolution industrielle, indique à L’Express Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et Prévision de l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE). L’histoire de l’humanité a montré que la mécanisation démultiplie les possibilités d’emplois et non l’inverse. Une société rurale crée moins de travail qu’une société urbaine. » Une analyse partagée par l’économiste Michel Volle, qui fustige une idée « rétrograde et bêtement conservatrice ». « La France est aujourd’hui beaucoup moins automatisée que l’Allemagne, avec des robots plus vieux. L’Allemagne a pourtant moins de chômeurs que nous », glisse à L’Express ce spécialiste des systèmes d’information, co-président de l’Institut de « l’iconomie ». Un avis partagé notamment au PS par Arnaud Montebourg.
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Au-delà de ce débat prospectif, les modalités de mise en pratique d’une telle taxe interrogent. Lorsqu’il égrène son programme, Benoît Hamon ne détaille jamais les robots qui seraient ou non susceptibles d’être taxés. Des smartphones donnés par une direction à ses salariés pourraient-ils être concernés? Quid des algorithmes, de plus en plus présents dans nos entreprises? Ils contribuent à la création de valeur d’une entreprise, et peuvent à eux seuls remplacer des postes physiques.
« C’est une vraie question. Se limiter aux robots n’aurait aucune logique », glisse Michel Volle. « La définition d’un robot dans la réalité de la production est difficile et ambigu, abonde Xavier Timbeau. Son autonomie n’est jamais totale et il entre souvent en interaction avec l’homme. » Présidente du salon Innorobo, Catherine Simon regrette les « fantasmes ». « Le robot est une machine comme une autre. La tendance est à la collaboration hommes-robots avec les robots collaboratifs. »
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La taxe, nouveau facteur de délocalisation ?
Un telle taxe pourrait en outre générer son lot d’effets pervers. « Cela entraînerait une perte de compétitivité, d’innovation et de gains de productivité, juge Catherine Simon. Il ne faut pas oublier que la robotisation crée de la croissance. » Elle est en outre parfois synonyme de relocalisation. En juin dernier, Adidas a annoncé qu’elle allait rapatrier la production d’une partie de ses chaussures en Allemagne dès 2017, dans une usine robotisée. « L’automatisation permet des relocalisations depuis des pays où le coût de main d’oeuvre est peu élevé vers des pays ou elle est plus chère. Cela serait dommage que l’Allemagne en profite et pas la France », juge Xavier Timbeau. Michel Volle confirme: « Jusqu’à présent les entreprises qui délocalisaient étaient celles qui refusaient de s’automatiser. La taxe pourrait devenir un nouveau facteur de délocalisation ».