L’analyse du marché du travail par Pierre-Michel Menger, sociologue et professeur au Collège de France, éclaire la prospective de l’iconomie.

Il estime qu’il ne convient pas d’être « pessimiste » ou « optimiste » quand on considère l’innovation : il faut accepter celle-ci comme rupture, prise de risque, incertitude sur le résultat, et on ne doit pas lui appliquer un vocabulaire qui ne lui convient pas.

Il juge heureux que des robots se substituent à des emplois répétitifs, pénibles, que les sociologues jugeaient naguère dévastés par l’aliénation du travail, car si ces emplois disparaissent d’autres apparaissent sans arrêt : le marché du travail est en recomposition permanente et un gisement d’emplois très qualifiés se crée dans les services, la logistique, le transport, la santé, etc. La question qu’il faut poser ne concerne donc pas le degré de robotisation, mais les conditions économiques générales qui permettront la soutenabilité économique d’un marché de services.

L’innovation va d’ailleurs créer un travailleur augmenté qui, même dans les activités de services, disposera d’outils de travail informatiques. La notion de « métier peu qualifié » évoluera car elle n’est pas donnée par la nature mais endogène au système socio-technique. La question du prix du travail se pose, mais sa qualité évolue.

On a vu depuis quinze ans un affaissement du milieu de la distribution des salaires et une montée forte des extrêmes : salaires élevés pour les métiers très qualifiés ou dans des secteurs qui, comme la finance, ont gonflé les salaires parce que leur marché est mondial ; à l’autre extrémité emplois peu qualifiés, peu payés et avec des perspectives de carrière faible. Mais les métiers ne se sont pas détruits et créés à la vitesse où s’est installée cette polarisation salariale : la question des salaires dépend donc d’autres facteurs.

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