Intervention de Pascal Buffard,
Président du CIGREF – réseau des grandes entreprises

Pour le CIGREF, l’iconomie est fille de l’Informatique et de l’Innovation. Dès lors, notre légitimité à aborder ce sujet tient à la fois à notre histoire et à notre mission.

  • Notre histoire, puisque depuis sa création en 1970, le CIGREF accompagne les dirigeants dans l’informatisation des grandes entreprises françaises. Il y a quarante ans, le sujet principal était l’automatisation des traitements de l’information. Depuis, notre champ de compétence s’est étendu aux systèmes d’information, à leurs usages et aux transformations de processus et d’organisations qui en découlent.
  • Notre mission, puisque le CIGREF (réseau de grandes entreprises), a pour ambition de « promouvoir la culture numérique comme source d’innovation et de performance ». Pour ce faire, nous accompagnons aujourd’hui nos entreprises dans leur transformation numérique. Notre ambition est de faire en sorte que la ressource numérique soit considérée comme un facteur d’innovation et de performance, valorisée, optimisée et pilotée avec la même intensité que les autres ressources de nos entreprises (humaines, financières, juridiques etc.).

En résumé, nous sommes persuadés que la transition de nos entreprises vers l’iconomie est une affaire de compétitivité et de souveraineté ! Il s’agit ni plus ni moins – pour la France et l’Europe – que de redynamiser l’avenir du système productif, synonyme de croissance, de créations d’emplois à valeur ajoutée pour nos entreprises et les futures générations.

La contribution du CIGREF à l’iconomie repose sur 3 convictions majeures

Première conviction : Les transformations induites par le numérique marquent lanaissance d’une étape nouvelle dans l’évolution de l’humanité. Une évolution au moins aussi importante quelle celle vécue lors du passage de l’oral à l’écrit ou de l’écrit à l’imprimé.

Nous partageons le point de vue de Milad Doueihi pour qui : « … le numérique, … est devenu une civilisation qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs… ».

Nous sommes en effet convaincus que les transformations induites par l’arrivée des technologies du numérique dans nos vies et dans nos entreprises marquent véritablement la naissance d’une étape nouvelle dans l’évolution de l’humanité :

  • pour la production et l’accès aux connaissances,
  • pour la communication et l’organisation sociale,
  • pour la prise de conscience du développement de l’homme et de son environnement.

Cet « humanisme numérique » n’est pas sans générer des risques nouveaux, auxquels il convient que nous soyons particulièrement attentifs tant du point de vue sociétal que managérial. La question du lien entre « éthique et numérique » est pour nous une question centrale.

Seconde conviction : Cette révolution modifie radicalement nos façons de vivre, de nous comporter et de travailler. Désormais, on ne peut plus produire, ni prester de services, ni vendre sans tenir compte de la composante numérique.

C’est pourquoi nous pensons qu’il y a lieu de parler de « culture numérique d’entreprise ». Comment se caractérise cette culture numérique d’entreprise ? Essentiellement, par le partage de l’information et de la connaissance entre tout ou partie des parties prenantes de l’entreprise.

De fait, la culture numérique transforme tout à la fois les modes de communication, le lien social, les représentations identitaires, et les valeurs que nous partageons. Elle est donc aussi en train de transformer l’entreprise. De la transformer en profondeur.

A ce titre, elle permet de construire une nouvelle forme d’intelligence collective, source de création de valeur, d’innovation et de performance. Dans ce contexte, le CIGREF poursuit 3 ambitions :

  1. Sensibiliser aux impacts de la culture numérique sur la création de valeur économique, sociétale et environnementale.
  2. Développer une représentation partagée de l’informatisation
  3. Accélérer la transition et le développement de nos entreprises dans l’iconomie

C’est pourquoi, le CIGREF a créé avec le CNAM « l’Institut de la Transformation Numérique des Entreprises » (ITNE) destiné à former les cadres de nos entreprises.

Troisième et dernière conviction : La mutation des grandes entreprises au sein de l’iconomie génère de profonds changements sur leurs stratégies, leurs modèles d’affaires et leur gouvernance. Ces transformations impactent les compétences des collaborateurs et induisent un nouveau type de leadership entrepreneurial. Mais surtout, elles modifient l’image de l’entreprise, ses leviers de croissance, ses processus de création de valeur.

La Fondation CIGREF mène sur ces sujets un important programme international de recherche en coopération avec 50 universités réparties en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Notre objectif est d’esquisser le « design de l’entreprise à 2020 », afin de mieux identifier ses usages numériques, ses espaces de création de valeur et leur mode de gouvernance.

La question qui se pose légitimement aux dirigeants des grandes entreprises est bien celle d’une rupture dans les modes de production. Cette rupture – portée par le numérique – a pour principale conséquence et enjeu, l’émergence de nouveaux espaces de création de valeur. Les composantes essentielles de ces derniers se situent en dehors des frontières traditionnelles de la grande entreprise et donc en dehors de son contrôle.

En résumé, dans l’iconomie, l’information et le management de l’information sont au cœur de la transformation des systèmes de création de valeur.

Cette dernière découle de moins en moins du coût de transformation de la matière par une « main d’oeuvre » plus ou moins qualifiée. Elle réside surtout aujourd’hui dans la capacité de mobilisation de ressources immatérielles que constituent les capacités créatrices des individus, ce que Jean-Pierre Corniou résume très justement sous le vocable « l’émergence du cerveau-d’œuvre ».

Pour conclure, je voudrais souligner qu’elles sont à nos yeux, les synergies entre l’iconomie et la culture numérique d’entreprise !

1- Toutes deux constituent de nouveaux paradigmes au sens d’une manière singulière de voir les choses, d’un système de représentations différent, qui nous ouvre de nouvelles perspectives. L’iconomie et la culture numérique d’entreprise nous obligent donc à repenser nos modes d’actions, nos représentations, nos institutions, nos régulations. Si de son côté, l’iconomie déclasse les modèles économiques jusqu’ici dominants, la culture numérique pour sa part, révolutionne nos organisations et les modes de management établis.

2- L’iconomie et la culture numérique d’entreprise constituent une véritable mutation stratégique ; cette dernière n’est pas seulement de nature technologique.

  • L’iconomie stipule que notre capacité de rebond passe par notre aptitude à participer à l’émergence d’une nouvelle organisation des activités économiques qui mette l’homme au coeur, à la fois comme ressource et comme finalité.
  • La culture numérique d’entreprise pour sa part se nourrit certes, de technologies mais elle replace l’être humain – et non plus la machine – au coeur d’un nouvel espace d’échanges et de partage de contenus.

Au final, force est de reconnaître combien il serait vain de vouloir régler « aujourd’hui » les problèmes de « demain » avec les solutions « d’hier » !

Face aux défis posés, nous sommes donc contraints de trouver des réponses globales et systémiques tant les problématiques sont imbriquées, interconnectées et se renforcent les unes les autres.

L’iconomie – tout comme la culture numérique – exige une vision, un dessein, une ambition qui se concrétise dans une orientation. Cette vision n’est pas prescriptive. Elle constitue le fondement d’une réflexion qui s’engage aujourd’hui et que nous souhaitons partager avec les différents acteurs de notre écosystème et les différentes parties prenantes de nos entreprises.

En qualité de dirigeants, sommes-nous capable de poser un regard lucide et éclairé sur l’impact de ces transformations sur nos entreprises ?

Au CIGREF, nous pensons qu’il est de notre devoir de penser aujourd’hui la transition iconomique de nos entreprises, ce qui signifie de :

  • savoir harmoniser vitesse, innovation et efficacité collective ;
  • pouvoir concilier performance économique et environnement organisationnel ;
  • vouloir mobiliser les valeurs d’engagement, de coopération et de confiance !
cerveau-d-œuvre

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