Étrange destinée que celle de GDF Suez, qui parvient à devenir le deuxième producteur mondial d’électricité dans un pays qui abrite déjà le premier, EDF, qui ne lui fait pourtant pas de cadeau.
GDF Suez est un peu le miroir inversé d’EDF. Ce dernier est aussi monolithique que son adversaire est hétéroclite, assemblage de compagnies locales : GDF en France, Electrabel en Belgique, International Power en Grande-Bretagne. EDF puise ses racines dans la reconstruction de la France d’après-guerre alors que GDF Suez n’existait pas il y a dix ans. L’un réalise la majorité de son activité en France quand l’autre est essentiellement international. Seulement 7 % de la production électrique de GDF Suez se trouve en France, moins qu’en Allemagne ou en Belgique. Le premier a bâti sa réputation sur son leadership dans le nucléaire, tandis que le second se déploie surtout dans les centrales traditionnelles.
L’emboîtement presque parfait des deux rivaux explique cette curieuse exception du double leadership. Chacun a trouvé sa place sans faire disparaître l’autre. Une exception qui répond à une autre, tout aussi étonnante. La France abrite également en son sein les deux leaders mondiaux incontestés du service à l’environnement, eau et déchets : Veolia, d’un côté ; Suez Environnement, de l’autre. Et puis, en creusant un peu, on pourrait souligner aussi que Bouygues et Vinci trustent aussi les premières places de leur secteur.
Tout cela dessine, évidemment, un paysage qui ne correspond pas aux canons du moment. Ce ne sont pas des PME, ni même des industriels, et ils ne participent que modestement au redressement de la balance commerciale.
Mais ils ont une vertu : ils emploient à eux six plus de 500.000 personnes en France. Ils sont la partie émergée de l’iceberg de cette nébuleuse des services qui a représenté sur la dernière décennie près de trois quarts de la croissance et des emplois des pays « industrialisés ». Avec eux, et grâce à leur internationalisation précoce, la France détient près des deux tiers du marché mondial des services (privés) à l’environnement et le tiers de ceux de l’énergie ou de la construction. Quelques détails à ne pas oublier quand on aborde le thème de la compétitivité des entreprises françaises.
retrouver à la source l’Article de Philippe Escande dans Les Echos, 17 avril 2012