L’effondrement de la France par rapport au reste des pays développés est dû à l’idéologie de la fin du travail, la désindustrialisation et l’échec de l’école. Il est temps de serrer la vis.

article publié sur Les Échos le 1er octobre 2026

En moyenne annuelle sur les trois années 2025-2027, la croissance devrait s’établir à 0,7 % par an en France contre 1,9 % pour les pays développés et 3,0 % pour la moyenne mondiale. Tel est le prix terrifiant de la dissolution de l’Assemblée nationale de 2024 et des deux automnes de discussions budgétaires de 2024 et 2025 pour préparer les lois de finances de 2025 et 2026.

On peut s’attendre à un automne budgétaire 2026 tout aussi pitoyable avec, chaque jour, une proposition d’impôt nouveau et une nouvelle éructation contre les « riches », l’effort et la discipline. En conséquence, les entreprises ne procèdent qu’aux investissements de renouvellement de l’appareil de production, les fermetures d’usines dépassent à nouveau les ouvertures et le chômage est reparti à la hausse.

En poids économique relatif, la France est désormais derrière, non seulement les États-Unis et la Chine, mais aussi le Japon, l’Allemagne, l’Inde, le Royaume-Uni et bientôt l’Italie et l’Espagne. L’effondrement relatif du pays, depuis un quart de siècle, sous l’effet de l’idéologie de la fin du travail, de la désindustrialisation et de l’échec de l’école, est sans précédent en temps de paix depuis 1815.

Le déclin de l’action publique

La situation des finances publiques n’est qu’un accélérateur de l’abaissement général dans le refus de la rénovation de nos institutions et de la reconstruction de l’école, de l’action publique et du système productif. Si on voulait changer la donne, tout acteur public — hôpital, département, agence d’État, etc. — qui, face à l’échec de son action, est incapable de proposer autre chose que « l’augmentation de ses moyens » devrait être instantanément mis sous tutelle et ses responsables révoqués.

L’échec de l’école résulte du refus des méthodes éprouvées d’apprentissage des compétences de base — lecture, écriture, calcul — et de l’évaluation pour orienter à la fin du primaire et du collège. Un grand ministère de l’Industrie, à reconstruire, doit accueillir toute la formation professionnelle pour en faire une filière d’excellence.

Exploiter nos ressources

L’énergie est le moteur de l’économie et du social. Alors qu’en 2030, c’est-à-dire demain, l’Union européenne n’émettra que 6 % des gaz à effet de serre contre 60 % pour l’Asie, il est temps de comprendre que nous aurons besoin, en plus des énergies renouvelables dont le nucléaire, de pétrole et de gaz en extinction jusqu’en 2060. Au lieu de s’humilier au niveau européen et en France pour accéder à ces matières à chaque crise, en pleurant de façon hypocrite sur le prix à la pompe, il faut :

1. Abolir la loi du 30 décembre 2017, dite « loi Hulot », qui interdit la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures sur le territoire français avec une fin de production en 2040 qu’il faut reporter en 2060. Les départements français des Amériques regorgent de ces matières et une métropole idéologisée les coupe de leur prospérité.

2. Relancer l’hydroélectricité en construisant de nouveaux barrages au lieu de déplorer l’alternance de sécheresses et d’inondations qui va nous frapper chaque saison davantage.

3. Moins dépenser dans le social et créer une véritable filière industrielle de fabrication de panneaux photovoltaïques de nouvelle génération tout en multipliant les zones industrielles électrifiées pour relancer la production.

4. Relancer la recherche et l’innovation avec un France 2040 succédant à France 2030.

La résolution de la crise des finances publiques ne peut se contenter de sous-indexer les retraites et toutes les autres prestations. Il faut fermer les acteurs publics inefficaces, relever le niveau d’exigence à l’école et dans l’action publique, restructurer l’action territoriale et relancer les productions énergétiques et industrielles. Le reste n’est que du pipeau pour campagne électorale.

Christian Saint-Etienne
universitaire économiste, membre du Cercle des économistes et de l’institut de l’iconomie

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Christian Saint-Etienne

Christian Saint-Etienne est docteur d'État ès sciences économiques et titulaire de deux masters en économie (London School of Economics et Carnegie Mellon University). Il a travaillé au Fonds Monétaire International (FMI) et à l'OCDE. Christian Saint-Étienne est l'auteur de plusieurs livres dont France état d'urgence (janvier 2013) et L'iconomie pour sortir de la crise (septembre 2013).